vendredi 29 janvier 2010
"L'eau en héritage"
mardi 3 novembre 2009
Coat ar Feunteun
C’est un petit bois à quelques jets de pierres du hameau, après l’amorce d’une pente qui s’achève au ruisseau au fond du vallon. Il regarde le sud et échappe ainsi à la bise qui balaie parfois le plateau léonard. Il fait bon y faire halte par un après-midi ensoleillé d’hiver. Le talus qui le sépare du champ voisin suit un tracé capricieux, comme si son constructeur avait dû éviter ou voulu préserver quelque chose. L’emprise de ce bosquet est réputée avoir été habitée à une époque ancienne. En y regardant bien on peut discerner quelques maigres vestiges de murs sous les ronces et les feuilles mortes accumulées. En contrebas de ce petit bois se trouve l’extrémité très pentue d’une ancienne prairie de fauche. Elle avait bénéficié d’une irrigation, comme en témoignent les traces d’un bief en haut de la parcelle. A mi-pente une petite zone humide intrigue. Cette prairie avait cessé d’être fauchée depuis longtemps pour être pâturée. Plus tard, les ronces périphériques n’ont plus été maîtrisées et ont submergé une clôture électrique oubliée. Les vaches, puis les poneys, ont ensuite cessé d’y venir tondre des graminées de plus en plus hirsutes. Des touffes de jonquilles ont alors fait leur apparition et égaillé les lieux pendant quelques années ; mais les ronces ont encore gagné.
Le plan cadastral et l’état des sections du 19è siècle apprennent que notre petit bois s’appelait ar Brouscoat (le Bosquet ) et existait en l’état en 1840. Le champ voisin portait le toponyme révélateur de Parc ar Cozti (Champ de la vieille maison ). A noter que le qualificatif coz est placé avant ti, ce qui indiquerait une certaine ancienneté par rapport au « ti coz » de la dernière période de création de toponymes bretons. Aucune présence de bâtiments n’apparaît sur le plan cadastral ; pourtant il existe dans les environs d’autres vestiges à peine décelables de constructions qui y figurent bien. Est-ce que cela confirme l’ancienneté de l’habitat ?
Surprise ! La prairie abandonnée était un autre bois en 1840 et portait le nom évocateur de Coat ar Feunteun (Bois de la Fontaine ). La tache humide peut très bien être alors la dernière trace d’une fontaine tarie par manque d’entretien ou du fait d’une évolution de la nappe phréatique, ou encore volontairement obstruée. Etait-ce le point d’eau des anciens habitants du Brouscoat ? Tout ancien lieu habité possédait autrefois dans ses environs un point d’eau naturel et permanent.
D’ailleurs, quelques champs plus en amont dans le vallon, une parcelle portait le nom de Parc ar Feunteun (Champ de la Fontaine ). Mais rien dans ce champ ne rappelle l’existence d’une fontaine. Cependant une ancienne prairie, très dégradée, borde son extrémité. Et là, à force de patience et d’allées et venues, une petite cavité veut bien enfin se laisser découvrir. Elle a été sommairement aménagée, un filet d’eau s’en écoule pour rejoindre le ruisseau. Il y avait donc des gens qui vivaient à proximité et en avaient fait leur point d’approvisionnement en eau potable. En effet, nouvelle révélation de l’état des sections du cadastre napoléonien, une petite parcelle maintenant rayée de la carte au profit d’un champ spacieux porte le nom de Klaonti. Ce toponyme paraît obscur à première vue mais sa terminaison semble tout de même indiquer la présence ancienne d’une habitation. Vérification faite il marquerait le souvenir d’une maladrerie (klaon signifiant malade ). Serait-ce l’explication de la présence de ce point d’eau ?
Notre Bois de la Fontaine pourrait quant à lui, et selon toute vraisemblance, avoir été défriché dans la seconde partie du 19è siècle ; l’intérêt des prairies de fauche irriguées fut alors mis en évidence par les agronomes de l’époque pour l’élevage des bovins et des chevaux. Mais on peut envisager que lorsque les anciens occupants du Bosquet faisaient sans répit leur corvée d’eau, ni Brouscoat ni Coat ar Feunteun n’était couverts de ramures.
Peut être serez-vous intéressé d’apprendre que le Bois de la Fontaine est actuellement en phase active de reboisement naturel par l’effet de la succession végétale non contrariée. Il resterait à redonner vie à la fontaine oubliée. Les mânes des anciens habitants du Brouscoat en ont trop longtemps été privées…
mardi 18 août 2009
Point qualité NO3 à la prise d'eau de Baniguel au 31 05 2009
Source/Stivell (3)
STIVELL (3)
Il y a longtemps, très longtemps, Stivell la fée se remettait lentement du trouble profond qui s’était emparé d’elle, une peur diffuse, comme un pressentiment.
Sous l’éclat froid de la lune, l’ombre du vieux chêne ondulait à la surface de l’eau frémissante. Le calme de la nuit pénétrait peu à peu les lieux. Rien aux alentours ne semblait avoir gardé l’empreinte de l’agitation particulière qu’ils venaient de vivre.
Pourtant, à la tombée du jour, des créatures étranges étaient soudainement apparues et s’étaient abreuvées à la source. Un regard avisé aurait décelé les traces nombreuses laissées dans la terre noire et molle en bordure de l’eau, des traces de sabots mêlées à celles de pas d’une espèce jusqu’alors jamais vue, les hommes.
Il s’agissait bien de cavaliers venus en éclaireurs, à la recherche d’un nouvel espace à occuper. L’ère du modelage de territoires envahis avait commencé. Pour se nourrir les premiers travailleurs de la terre repéraient les lieux propices à l’agriculture de survie alors pratiquée. Ici il y avait de l’eau à volonté, une grande prairie de terre fertile encore vierge, une forêt riche en bois et en baies, en gibier et en abeilles pourvoyeuses de miel.
Comment résister à une telle aubaine ! Dans les jours qui suivirent, une horde s’installa ; des hommes, des femmes, des enfants, quelques animaux domestiqués attachés à l’arrière de chariots grinçants.
« Plus rien ne sera comme avant ! », soupira Stivell .
La clarté pâle de la lune quant à elle n’avait pas changé ; tout à coup elle devint rassurante pour Source, la fée.
mercredi 18 mars 2009
Fontaine ...
« Monsieur le Député, Madame la présidente du Pays d’Iroise, Mesdames et Messieurs mes collègues élus des communes voisines, chers concitoyens, mes amis, c’est pour moi une grande joie de vous accueillir dans notre belle vallée du Curru… »
Elle marque une pause, l’émotion se lit sur son visage…
« C’est un jour que j’ai attendu avec impatience, une impatience grandissante de mois en mois. Un jour que beaucoup d’entre vous attendaient depuis plus longtemps encore, tantôt pleins d’espoir, tantôt n’osant plus y croire… »
Madame le Maire n’essaye pas de camoufler ses sentiments, on dirait même qu’elle les savoure. Personne ne pipe mot, ne s’agite, l’instant est solennel. Les trilles d’une alouette très haut dans le ciel parviennent à l’assistance. Sur les talus qui entourent l’agora champêtre, une légère houle anime les frondaisons ; la brise est la bienvenue, car les rayons du soleil sont ardents sur les nuques.
Nous sommes le lundi de la Pentecôte 2023, onze heures, au hameau de Trébaol à Milizac. L’esplanade formée par la jonction à la route départementale 38 des voies communales de Kernoble, de Trébaol Huella et Trébaol Kreis est envahie par les badauds en tenues printanières. Sur les bas-côtés de nombreuses voitures sont stationnées. Mais la présence des vélos est aussi remarquable, et des chevaux libérés de leurs cavaliers s’occupent çà et là en broutant les talus. La circulation sur la D 38 a bien entendu été déviée.
« …Souvenez-vous, il y a un demi-siècle, ce quartier n’avait pas l’adduction d’eau. Ils étaient rares d’ailleurs les hameaux qui étaient alimentés par le réseau. Comme partout à la campagne, on tirait l’eau du puits, ou on allait à la fontaine ; pourtant une pompe à moteur, une citerne ou un bélier apportait parfois un peu de confort… »
Tout comme Marie à ses côtés, comme d’autres anciens autour de lui, François se souvient, très bien même ; comme si tant d’événements n’étaient pas survenus, tant de modernisation ne s’était pas interposée… En a-t-il vu des transformations, du progrès…
-Tu te rappelles ton dernier seau d’eau remonté du puits ?
-Hein ! Quoi ! Tiens donc, transmission de pensées, hein ! Toi aussi tu fais un bond en arrière !
-Y-a rien de bizarre, puisqu’elle en parle !
-Non, je ne sais plus, mais juste avant la mort de ma mère sans doute… Non, non, après sa mort encore, le jour de son enterrement exactement.
-Oui, c’est ça… C’était quand même drôle de passer de l’eau courante de l’appartement, la salle de bains et tout le reste, au puits de ta mère.
-Le puits de ma mère c’était aussi ma salle d’eau avant notre mariage ; enfin un coin toilette en plein air plutôt ; et uniquement à la belle saison, et avec les douches municipales en complément le samedi, pour un nettoyage de fond.
-Toi t’es vraiment de l’ancien temps, quand même…
-C’est vrai qu’on peut dire ça ! Quand je pense qu’on fait tout un cinéma aujourd’hui pour quelque chose qu’est juste normal, hein ?Tiens je me souviens d’une fontaine où l’eau était tellement agréable à boire, qu’à chaque fois que je passais par là, je m’envoyais une bonne lampée avec mes mains serrées comme un petit bol !
-Allez arrête, t’es jamais content, et cesse de vivre en arrière ! D’ailleurs on dirait que t’as oublié tout ce qui s’est passé entre temps, et comment il a fallu qu’on s’agite et qu’on s’énerve pour rectifier les bêtises.
-C’est vrai qu’on a bien mouillé notre chemise, hein ? ha, ha, ha ! C’était pas gagné d’avance, oh non !
-Allez ch-ch-chit, on n’écoute plus là !
…
« …Et je vous invite tous à m’accompagner pour une courte promenade. Nous allons descendre la D 38 et procéder à une petite cérémonie à 200 mètres d’ici. Encore une fois je vous remercie d’être présents ! »
Applaudissements nourris …
Radieuse, Madame le Maire quitte l’estrade ; la foule s’écarte tranquillement puis lui emboîte le pas.
La tête du cortège est parvenue à la hauteur de l’antique fontaine du hameau de Trébaol . Son eau sort de terre à une vingtaine de pas de la chaussée. Après avoir rempli le bassin d’un vieux lavoir, elle coule jusqu’au fossé de la route, avant de dévaler une ancienne prairie pentue pour rejoindre le ruisseau de Keranflec’h. Il alimente l’Ildut à St Renan et l’onde qui a vu le jour à Trébaol va bientôt se mêler aux flots de l’océan dans la Mer d’Iroise.
Autrefois, à l’époque de la traction animale, ce point d’eau était une halte obligée et attendue après l’effort pour gravir la côte du hameau. Les attelages, et même les charretiers que l’on entendait donner de la voix pour stimuler leurs bêtes, y savouraient un rafraîchissement bienvenu. Il permettait de mieux affronter les ornières du plateau. Si l’on se fie au cadastre napoléonien, ce lieu était jadis connu sous le nom de « Fontaine du Cheval ». Ainsi des toponymes peuvent s’éteindre, comme se tarissent des sources négligées…
Les grondements des moteurs, les doubles débrayages hargneux ont remplacé depuis longtemps les voix des meneurs de bêtes. Et il y a vingt ans cette modeste voie départementale a failli être bouleversée, saccagée. En ont-ils dépensé de l’énergie, Marie, François et tant d’autres, pour bloquer ce projet calamiteux d’usine chimique. Fort heureusement le combat fut couronné de succès, encourageant d’autres engagements et luttes.
La D 38 continue donc à faire la joie des adeptes de « la petite reine », notamment sur son tronçon ombragé du fond de la vallée. L’ensemble paysager et patrimonial depuis le Curru jusqu’à Keranflec’h est préservé et constitue une coulée de verdure très appréciée.
Le site de la fontaine de Trébaol a longtemps été abandonné à l’invasion végétale et aux maltraitances des humains ; mais voilà, il a fait peau neuve. Les plantes et les arbres ont été maîtrisés avant la montée de sève du printemps. Les talus, fossés et terre-plein ont été restaurés, les bassins curés, les maçonneries du lavoir et l’habillage de la fontaine consolidés dans le respect de la manière ancienne. Il n’y pas si longtemps l’espace proche de la fontaine recevait encore un dépôt de pierrailles, alternativement vidé puis regarni après les labours. Il menaçait souvent de combler le petit bassin ; mais il a été enlevé . A demi ombragées par les saules et quelques chênes, des touffes d’hortensias et de fuschias le remplacent ; ils portent la promesse d’une magnifique floraison. Dans le pré voisin des génisses intriguées se sont rapprochées de la haie ; les naseaux humides et dilatés hument une présence étrangère. Soudain, un froissement d’ailes et la trajectoire tendue d’un pigeon barre le ciel au ras des cimes.
Madame le maire est accueillie par le fontainier de la commune. Il lui tend un maillet, puis lui-même se saisit d’une pancarte de bois brut ; elle est fixée sur un piquet et masquée par un tissu. Tous deux s’approchent du talus aménagé. D’un geste énergique , l’homme y enfonce la pointe du piquet et maintient la pancarte. Madame le maire se positionne, et assène un premier coup prudent ; un hochement de tête approbateur du fontainier attentif et le maillet achève son œuvre avec vigueur. Des applaudissements enthousiastes troublent à nouveau l’atmosphère champêtre.
Les joues rosies par l’effort, Madame le Maire répond par un large sourire ; puis d’un geste sec elle arrache le tissu.
Tout le monde peut alors lire les mots oubliés: « EAU POTABLE »
FONTAINE … nous reboirons de ton eau !
Ce texte a obtenu le prix du concours de nouvelles du salon du livre rural de St Ségal en juin 2003. Le thème en était : "Mon village est mon avenir".
samedi 28 février 2009
Coup d'oeil sur un ancien gué
L’état actuel (photos prises le 27 02 09) plaiderait plutôt, a postériori, contre le bien fondé du remplacement du gué par une buse.
Jusqu’à il y a peu, le ruisseau arrivait par une brèche aménagée sous le mur en maçonnerie grossière en amont. Ce mur a été démoli sur la droite jusqu’à cette brèche. Cette démolition semble avoir été effectuée sans précaution puisqu’une grosse pierre est tombée dans l’orifice d’entrée de la buse en l’obstruant (photo)
Morale de l’histoire ?
Les crues du ruisseau de la vallée du Curru / Keranflec'h
Alors vous avez certainement observé une succession de zones inondées depuis le pont de Kernoble / Coat Boulouarn jusqu’à la prairie Le Gall, entre le lotissement du Vizac et Kerzu. C’est sur cette prairie que se forme la retenue la plus visible de la route et aussi la plus spectaculaire
Et que sont ces goulots si nombreux dans la vallée sinon des créations humaines ? Il y a donc les
Ainsi, depuis les chevelus en tête du bassin versant jusqu’à la prairie près de Ti Michelik, une succession de points de rétention d’eau existent et jouent un rôle très précis en cas de précipitations importantes dans un laps de temps réduit. Les gens qui ont accordé un minimum d’attention au phénomène savent que, de surcroît, ces retenues se forment assez brusquement et quelques heures seulement après le pic des pluies.
Imaginons l’addition de ces différents volumes, petits et grands ; essayons de visualiser cette masse d’eau déferlant sur une courte distance et sans retenue sur le bas de St Renan (n’oublions pas que le ruisseau du Curru est un affluent de l’Ildut, la confluence ayant lieu immédiatement en aval du pont récemment refait sous la R D 68 près de Ti Michelik (photo). Notons aussi que la zone en arrière de la Caisse d’Epargne et du magasin de meubles a déjà été inondée (photo) malgré la fonction hydraulique particulière de la vallée du Curru.
A ce sujet, des personnes avaient compris que l’on reconstruisait le pont de la R D 68 pour permettre une meilleure évacuation des crues et réduire l’inondation de la prairie Le Gall (photos pont ancien et nouveau pont). Elles ont donc été étonnées et déçues de constater que ça n’y faisait rien, le « lac de Ti Michelik »réapparaissant comme d’habitude !
A-t-on jamais envisagé l’éventualité d’une arrivée brutale d’un gros volume d’eau lorsque l’on a décidé d’étendre l’urbanisation sur les rives de l’Ildut entre la confluence du ruisseau du Curru et le lac de la Comiren ?
Mais il n’y a pas que l’eau, il y a aussi les particules terreuses et le sable charriés par le ruisseau du Curru.
Le lundi matin 9 février, un coup d’œil à la confluence indiquée ci-dessus permet de constater
Une visite aux différents ruisseaux constituant le bassin versant n’a pas permis de constater si l’un d'eux est plus exportateur que les autres. En fait chacun y contribue et l’addition des matières en suspension provenant de chacun donne cette teinte bien brune à la confluence, et ceci malgré les dépôts dans chaque zone de rétention. L’envasement de l’ancien étang du moulin de Pen ar C’hreac’h témoigne de la charge des eaux en matières en suspension.